L’apprentissage social

Pourquoi vient-on à ITyPA2 ? Pour construire son environnement d’apprentissage personnel, pour apprendre à apprendre sur internet, pour optimiser le comment …  mais le pourquoi, celui qui motive, le moteur de tout apprentissage est finalement personnel à chacun et ne fédère pas sur ce MOOC. Malgré tout, des groupes se sont constitués autour de questions plus thématiques.

Le webinaire d’aujourd’hui porte sur l’apprentissage social. Les propos évoqués sont surtout d’ordre technique et mécanique : cartographie des réseaux, des compétences,  routine de connexion, … Quelques mots sur l’apprenance et l’apprentissage informel autour de la machine à café et les mesures qu’il est possible de prendre pour fournir des contextes favorables à ces moments importants. On en revient au paradoxe de vouloir formaliser l’informel. Puis Frederic Domon nous conseille de commencer notre social learning avec quelque chose qui nous passionne, il explique que les difficultés liées aux technologies sont dépassées sans même qu’on s’en rende compte pour peu que l’on soit guidés par notre intérêt. Certes ! Nous faisons finalement fausse route à ITyPA en observant et en testant l’usage de ces outils tout en les ayant dépouillés du sens qu’ils pourraient avoir à satisfaire notre soif de comprendre, de maîtriser un sujet qui nous intéresse. J’avoue que je suis restée sur ma faim concernant la question du social learning : comment/pourquoi apprend-on ensemble, j’espérais creuser un peu mieux cette question …

Christine Vaufrey s’interroge sur les participants qui souhaiteraient mais n’ont pas le temps de s’impliquer… Tiens, tiens, je me reconnais en partie dans ces gens ! Pour Christine, il y a autre chose qu’un manque de temps. Gérer son temps personnel est finalement moins simple que le temps professionnel souvent mieux balisé et cadré. Il faut peut-être effectivement créer artificiellement un cadre. Mais la question de la motivation dans un dispositif qui demande une implication assez forte reste posée.

Un peu plus :
Frederic Domon – Livre blanc : Une introduction au social learning

Identité vs présence numérique

Peut-être commencer par le début. Il y a un an, à part quelques publications universitaires, éducation nationale et quelques albums photos sur Flickr, il n’y avait rien de moi sur le web visible. J’étais et je reste d’ailleurs vigilante à ne publier aucune photo de personne identifiable à travers moi. Ingénieure en informatique, ce n’est pas pour moi un problème de maîtrise de l’outil. Alors surprotectrice ou super stressée ? Non, simplement pas de besoin de partage à ce niveau. Et puis je me suis inscrite l’an dernier en master AIGEME qui proposait la construction d’un ePortfolio public. Pas de publications, pas d’échanges, moins d’apprentissage : je n’ai donc pas hésité ce qui ne veut pas dire que j’ai publié sans réfléchir !

Dans le webinaire de cette semaine, Louise MERZEAU préfère parler de présence numérique plutôt que d’identité. Elle relie l‘identité numérique aux traces anxiogènes que l’on dépose et à la gestion marketing de l’image de soi qui est exploitée ici ou là. Elle oppose cette identité à la présence numérique plus authentique et plus riche d’une dimension temporelle. Elle souhaite, par là, sortir de l’opposition entre vie réelle et vie numérique, en suggérant que si frontière il y a, c’est plutôt celle de la représentation par rapport à la présence authentique. Elle constate un durcissement de la notion d’identité numérique à travers les nombreuses injonctions qui nous sont faîtes de soigner son image comme on le ferait d’une marque. A la remarque de Christine Vaufrey qui évoque tous ceux qui n’osent pas s’exprimer sur le web : à quoi bon, d’autres l’ont dit bien mieux que moi … , Louise Merzeau propose d’oublier un moment l’expression pour s’approprier tranquillement les espaces numériques par notre fréquentation de certains lieux et nos déplacements à travers la toile. Quant à la publication, elle nous invite à ne pas viser la maîtrise sous peine de passer à côté de l’intérêt de ces espaces. Il faut pourtant une certaine confiance en soi pour parvenir à cet état d’esprit, assurance que certains obtiennent uniquement par une maîtrise relative des sujets.

Ce qui est éventuellement anxiogène ou générateur de prudence, ce ne sont pas les traces numériques involontaires qu’on laisse un peu partout et qui peuvent être exploitées tout autant que nos traces volontaires. Ce sont bien ces publications, ces messages laissés qui pourraient nous encombrer plus tard, demain ou dans cinq ans, ne plus nous représenter … La réponse apportée reste : Renoncez à contrôler toutes vos traces ! Et pour qu’elles ne nous dérangent plus, prenons conscience que toutes les traces ne prennent sens que dans un contexte et dans un temps donné. Et si on ne s’interdit pas d’exister numériquement, la quantité de nos traces diluera l’importance de chacune d’entre elles ! 

Une question étonnante pour moi émerge alors du débat : comment faire l’unité entre ces petits morceaux qu’on laisse de soi dans les divers lieux du web qu’on fréquente ? Soit, je conçois qu’on lâche prise et qu’on admette l’existence de traces qui pourront ne plus nous représenter, mais pourquoi vouloir unifier ? Un parallèle est fait avec le vie réel et les différents cercles que nous fréquentons et pour lesquelles nous présentons des facettes différentes sans que cela nous gêne. Mais si cela ne nous gêne pas, c’est précisément parce que ces cercles sont relativement étanches et que les différentes facettes de nous n’y circulent pas librement. L’unité, c’est nous qui la constituons même si c’est avec les autres que nous nous construisons. Ce n’est pas le cas des espaces numériques.

En conclusion, je reviens sur la question d’introduction de cette quatrième semaine : Faites-vous partie de ceux qui ont le sentiment qu’un projecteur se braque sur eux dès qu’ils publient le moindre mot sur le net , les désignant alors au monde entier ? Ou à l’inverse, considérez-vous le web comme un gigantesque carnet de notes personnel ? Je ne fais certainement pas partie de la première catégorie, ce qui est très désinhibant mais si le web est un gigantesque carnet de notes personnel, j’ai à l’esprit qu’il peut être ouvert par tous ceux qui pourraient tomber par hasard ou par mégarde dessus !

Un peu plus :
Centre National de Documentation Pédagogique – Savoirs CDI : Entretien avec Louise Merzeau : quelle présence numérique ?
Un dossier de la CNIL : Vos traces 

Une présentation de Magalie Bossuyt E-réputation et identité numérique

Veiller pour ne pas s’endormir !

Définition de l’AFNOR. Veille : Activité continue en grande partie interactive visant à une surveillance active de l’environnement technologique, commercial, etc., pour en anticiper les évolutions.

François Guité, canadien, est l’invité du webinaire de ce soir. Il témoigne de l’évolution du sens de cette activité qu’il pratique depuis longtemps. Je suis tout à fait surprise d’apprendre que la notion de veille telle que nous la concevons chez nous et la place que nous lui consacrons est une spécificité française qui ne se retrouve pas dans le monde anglophone. Plusieurs définitions sont par exemple fournies par wikipédia en fonction des champs d’application alors que certains termes utilisés auparavant comme techwatch semblent avoir disparus chez nos voisins ! La notion de surveillance a été remplacée dans le monde anglophone par celle d’intelligence (toujours dans le sens anglais su terme) ou de monitoring.

François Guité lie aujourd’hui fortement la veille à l’apprentissage et aux réseaux. Veiller, ce n’est pas uniquement recevoir de l’information, c’est aussi la faire circuler. L’évolution la plus marquante est, aujourd’hui, la possibilité de collecter et de traiter automatiquement l’information avec de l’intelligence artificielle et des algorithmes mettant en œuvre une analyse sémantique. Ces traitements automatisés peuvent fournir à l’individu et à la communauté un retour filtré de l’information qui circule sur le web. Nous sommes passés de la surveillance à l’interprétation. Il ne s’agit plus de veiller à proprement parler mais de participer et d’interpréter davantage. Veiller, collecter et faire circuler, fait donc partie de l’acte d’apprendre. La technologie facilité aujourd’hui la collecte. La difficulté n’est donc plus d’accéder mais de comprendre l’information. Comment se fait-il que cette différence entre accéder et comprendre soit aussi nette ici et complètement éludée chez Michel Serres, mais c’est une autre question …

Pour Christine VAUFREY,  il ne s’agit plus de se protéger de cette surabondance, ni même de prétendre trouver LA bonne information mais de « nager avec le flux et ne pas essayer d’y résister alors commence l’apprentissage. J’aurais tendance à dire qu’il faut regarder le flux passer sous nos yeux et prélever ce qui nous convient. Différence dans la métaphore ou dans le sens ? Je suis peut-être encore dans une phase de protection …

Reste la question du sens ! Accumuler pour faire quoi ? Cette abondance qui créait paradoxalement ce sentiment de manquer toujours quelque chose parce que le flux ne s’arrête jamais. Il faut développer de nouvelles compétence et mettre en place des stratégie de filtrage par les outils et par les réseaux. Les gens, collectivement ou  individuellement, sont en général de bons filtreurs, nous dit-on. Il faut donc trouver les bons filtres, c’est-à-dire ceux qui nous conviennent. Christine Vaufrey s’interroge sur le résultat des filtres collectifs : conservent-ils le meilleur ou le plus populaire ? Je suis, pour ma part, persuadée qu’ils écrêtent le pire mais probablement aussi le meilleur.  Le temps reste un filtre très efficace auquel ne résiste pas l’information superficielle. Le temps que nous pouvons aussi nous accorder en sachant nous arrêter pour réfléchir et prendre du recul. Il me semble qu’il faut aussi accepter de faire des choix et renoncer individuellement à la pleine maîtrise. Lâcher prise finalement mais au sens zen !

Parmi les outils proposés par François Guité, je retiens pour les explorer plus tard Evernote (qu’apparemment j’utilise d’une manière très superficielle sur mon smartphone) pour le multimédia et le partage, IFTTT (If This Then That) pour automatiser des tâches sur le web et enfin ZITE, qui permet d’agréger et de filtrer automatiquement les informations des médias sociaux par auto-apprentissage (sur mobiles uniquement).

Webinaire passionnant, merci François Guité et Christine Vauffrey !

Un peu plus :
Diffuser les résultats de la veille avec les outils de « curation » : Scoop.it, Paper.li –  URFIST de Rennes

Veille et curation en vidéo – Article de Pierre Nobis sur Thot Cursus

Inconfort …

Ce qui m’a intéressé lorsque j’ai suivi le début de la première session d’ITypa, c’était cette diversité apparente (mais je me suis peut-être trompée) des profils des participants. Je me souviens notamment avoir lu quelques billets d’un berger. Quelque chose de très expérimental où tout se construit au fil de l’eau sans qu’il soit vraiment possible de prédire la suite et où tout est donc possible !

Aujourd’hui, j’ai balayé la place du village d’ITyPA2 et en dehors d’une dizaine de participants, je n’ai vu que des représentants du monde de l’enseignement et de la formation, quelques étudiants et quelques chercheurs … La diversité des profils s’est singulièrement appauvrie ! J’ai l’impression que cette seconde édition accueille de nombreux observateurs mais manque peut-être d’observés ! La « promotion » des sites et publications de chacun me semble parfois guidée par des motivations autres que celle du partage… C’est un peu « the place to be » !

Mais finalement, qui peut être intéressé par la mise en place ou l’amélioration de son Environnement d’Apprentissage Personnel ? C’est assez logiquement les enseignants, les formateurs de tout bord et les étudiants. Je n’oublie pourtant pas l’apprentissage informel, bien plus important que l’apprentissage institutionnel mais ces apprenants ne vont probablement pas chercher à structurer/définir un environnement d’apprentissage de par la nature même de cet apprentissage.

On devrait peut-être appeler ici les EAP des Environnements d’Enseignement et d’Apprentissage Personnels, des E²AP …

Ne pas oublier les aspects techniques !

Le site d’ITyPA2 rame terriblement ! Les questions techniques font parties de celles que j’occulte régulièrement lorsque je mets en place un projet TICE ou dans mes réflexions sur les problématiques du numérique dans l’enseignement. Et c’est une erreur puisque s’agissant de cette première semaine d’activités où l’on nous propose d’explorer le site dans tous ses recoins, j’avoue être largement découragée par cette lenteur. Donc, oui ce type de difficultés est amenée à disparaître mais pour autant, il ne faut pas les négliger !

ITyPA 2 est lancé !

Ce jeudi 10 octobre, j’ai suivi le lancement d’ITytPA2 en direct sur Youtube avec un sentiment un peu ambivalent : un des membres de l’équipe se rend compte après une heure de présentation que le terme d’EAP n’avait tout simplement pas été défini !  L’impression que la réflexion reprend, pour les concepteurs de ce MOOC, là où elle s’est arrêtée lors de la première saison … sauf que les participants à priori sont nouveaux. L’insistance sur le nombre de participants déjà d’inscrits me gène un peu, ça n’est un critère ni de réussite, ni d’échec. Mais je suis curieuse de la suite et je vais donc explorer le site !

Cette fois, je ne le rate pas !

L’an dernier, j’avais suivi, intriguée,  le début du premier Mooc connectiviste français ITyPA à travers le visionnage des vidéos des premières réunions et la lecture de publications de certains participants. C’est la diversité des parcours, des profils et des attentes de chacun qui m’avait réellement interpellée et j’étais curieuse de voir l’évolution du MOOC dans son ensemble et de certains participants mais j’ai été rattrapée par la charge de travail impressionnante du Master AIGEME. J’ai juste gardé un œil sur les nombreuses publications parues sur le phénomène des MOOC en cours de l’année.

Aussi, lorsque j’ai vu passer dans le flux de mon ScoopIt, l’annonce de cette seconde saison d’ITyPA, je n’ai pas hésité !